EDUCATION mer 28 nov
Les inscriptions débuteront ce matin dans les écoles de la Communauté française soumises au décret "Arena" qui stipule que les établissements scolaires ne pourront plus
refuser un élève, ce qui implique que la priorité sera donnée au premier enfant inscrit. Cette décision a provoqué la cohue devant certaines écoles bien réputées dès mercredi, soit
quasi 48 heures avant le début des inscriptions qui commenceront ce vendredi matin à l'ouverture des locaux.
Malgré de vives critiques, la ministre de l'Enseignement obligatoire Marie Arena n'a pas l'intention de faire marche arrière sur son décret encadrant les inscriptions au premier
degré de l'enseignement secondaire, mais elle a confirmé mercredi soir dans les journaux télévisés qu'une évaluation serait effectuée pour améliorer le système. Dix-huit écoles en Communauté
française étaient confrontées à des files jeudi soir, à la veille du premier jour des inscriptions d'élèves au premier degré du secondaire, a encore indiqué la ministre de l'Enseignement
obligatoire Marie Arena jeudi soir dans les journaux télévisés.
L'évaluation prévue du décret n'aboutira pas à une marche arrière, a-t-elle souligné, mais bien à identifier les difficultés de mise en oeuvre du décret. "Nous allons rencontrer
les 18 écoles concernées et voir comment on peut améliorer la situation", a encore ajouté Marie Arena.
Mettre des locaux à disposition des parents
Se rendant bien compte du problème posé par ces parents faisant la file devant certains établissements dans des conditions souvent difficiles, la Ministre-Présidente de
la Communauté française a proposé des solutions pratiques pour éviter que les parents ne dorment dans la rue, selon un communiqué.
La Ministre-Présidente a pris contact avec la vingtaine d’écoles confrontées à des files et a proposé aux chefs d'établissement de mettre des locaux à disposition des parents.
Elle s'est dite prête à mobiliser le personnel de la Communauté afin de rendre cette solution possible.
« Nous, comme les écoles, nous attendions certes à des files », a expliqué la Ministre. « Mais elles ont commencé un jour plus tôt que ce que nous avions imaginé. Les objectifs
poursuivis par le décret sont compatibles avec notre volonté d'être humains et respectueux des personnes qui attendent d'inscrire leur enfant. »
Des réactions majoritairement contre le décret
Les files qui se sont créées devant certains établissements scolaires pour l'inscription au premier degré du secondaire ont continué à susciter des réactions en sens divers
jeudi, veille du premier jour où les écoles prendront les inscriptions.
Le MR voit sa démarche pour annuler le décret rejetée
Le groupe MR du parlement de la Communauté française, constatant que sa demande d'examen en urgence de sa proposition visant à annuler le décret "Inscriptions" n'a reçu aucun écho, a lancé un
ultime appel aux chefs de groupes afin qu'ils décident, jeudi après-midi encore, de convoquer une séance d'urgence du parlement. Mais le chef de groupe PS, Léon Walry, a décliné la proposition,
regrettent les réformateurs.
Au moment de lancer son appel, Françoise Bertieaux, chef de groupe MR, s'est dite déçue de l'attitude du président Jean-François Istasse qui n'avait pas répondu à sa demande
d'urgence et se serait contenté de déclarer à la radio qu'il la mettrait à l'ordre du jour de la prochaine réunion de la Conférence des présidents, jeudi prochain. Entre-temps, M. Istasse a
fait savoir qu'il n'avait pu réunir un consensus auprès des autres groupes en faveur de la demande d'urgence, dit-on encore au MR.
Mme Bertieaux soupçonne aussi le cdH de velléités de soutien à la position des réformateurs. Mais selon elle, les centristes humanistes se réfugient sous le faux prétexte de délais trop courts
pour écarter la demande d'urgence.
« Sauvegarder la dignité des parents » qui font la file comme « du temps de l’Union soviétique »
Le groupe MR a pris contact avec tous ses bourgmestres et échevins de l'Enseignement afin qu'ils prennent des mesures "destinées à sauvegarder la sécurité, la santé et la dignité
des parents qui font la file devant les écoles". Pour Mme Bertieaux, le décret de la ministre Marie Arena n'a rien changé à la situation précédente mais les parents qui verront demain
l'inscription de leur enfant refusée auront dû auparavant faire la file à l'extérieur.
Quant au député MR Willy Borsus, il dit craindre que l'insécurité juridique des dispositifs législatifs et réglementaires soutenant le nouveau système d'inscriptions débouche sur
de nombreux recours qui ont de grandes chances d'aboutir et dès lors sur une situation particulièrement chaotique dans les écoles. Il relève encore que la composition sociale des files
d'attente ne semble guère faire montre de mixité. Et prédit une "cascade de difficultés administratives" qui seront engendrées par les inscriptions multiples: les premiers élèves "réservistes"
ne sauront pas s'ils sont définitivement inscrits ou non dans une école et les établissements apprendront fort tard que l'un ou l'autre élève a décidé de s'inscrire dans une autre école. M.
Borsus dénonce aussi les dégâts causés à l'image de la Communauté, avec "des parents qui campent sur les trottoirs comme des réfugiés".
Pour Mme Bertieaux, le décret Inscriptions a tout simplement fait passer une démocratie moderne qui garantit la liberté d'accès à l'école à un régime comparable à celui qui
régnait du temps des files pour acheter du pain en Union soviétique.
Ecolo veut un nouveau décret …
Chez Ecolo, on souhaite une réunion de la Conférence des présidents, pour évaluer l'ensemble de la situation dramatique créée. Les Verts veulent aussi le retrait du décret mais
soulignent qu'il faut tenir compte de la situation de droit créée depuis le 16 novembre par l'inscription des élèves prioritaires. Au-delà d'une suppression pure et simple du décret, ils
veulent donc le remplacer par un autre texte cohérent.
… car celui-ci n’améliore en rien la mixité sociale
Ecolo est lui aussi d'avis que le décret ne va pas améliorer la mixité sociale: les publics défavorisés ne son pas présents devant les écoles réputées, explique un communiqué des
Verts. Pour eux, les files constatées devant quelques établissements constituent des effets spectaculaires mais attendus. Elles sont le résultat d'une politique ultralibérale: seuls ceux qui
ont les moyens financiers peuvent se permettre de prendre congé, de payer des jobistes et des connaissances et de multiplier leur présence dans les files pour être assurés de l'inscription de
leur enfant.
Cela va renforcer l'effet ghetto et faire une publicité gratuite inespérée pour les établissements concernés, dit Ecolo, qui veut un autre décret, qui renforce encore le
financement des écoles accueillant les enfants issus des quartiers défavorisés.
Ouvrir trois nouvelles écoles semble plus utile pour André Antoine
"Marie, arrêtons les files, ouvrons trois écoles", interpelle le ministre wallon André Antoine. Selon des statistiques qu'il expose longuement dans un communiqué, l'évolution du
nombre d'élèves dans le Brabant wallon y justifie la création de trois nouvelles écoles secondaires. Il rappelle au passage que le gouvernement wallon a dégagé un budget de 25 millions d'euros
pour subventionner à 75% les investissements économiseurs d'énergie dans les bâtiments scolaires et en appelle à une réaction urgente des autorités de la Communauté française.
La FGTB trouve choquant que des parents nantis cherchent à garder les écoles huppées rien que pour leurs enfants
La FGTB wallonne estime que si le décret Arena est peut-être imparfait, il représente incontestablement un pas dans le bon sens. Les événements illustrent l'actualité d'une
polarisation "gauche-droite" dans les choix de société que traduisent certaines décisions politiques, affirme le syndicat dans un communiqué.
La mixité est un choix de société qui n'est pas à l'évidence celui de la droite libérale, dit la FGTB, qui juge choquante la "volonté militante de parents issus des milieux les
plus aisés de maintenir pour eux seuls la possibilité d'inscrire leurs enfants dans quelques écoles '15 sur 700 en Communauté française' présentées comme des institutions d'élites".
Les réactions du "terrain" divergent aussi
De nombreuses associations du secteur de l'enseignement se sont exprimées à propos de la façon dont se déroule le processus d'inscription des élèves pour l'année scolaire 2008-2009 dans le
premier degré de l'enseignement secondaire. Ici non plus, les avis ne sont pas unanimes.
Rien n’a réellement changé, alors pourquoi toute cette agitation ?
Les directions des écoles secondaires du district de Charleroi s'étonnent de la manière dont l'application du décret "Inscriptions" a été relatée par les médias. Peu de
modifications interviendront dans ces établissements du réseau de la Communauté française, qui ont toujours pratiqué les inscriptions selon l'ordre d'arrivée, sans discrimination d'aucune
sorte, soulignent ces écoles dans un communiqué. Il est regrettable que les quelques rares établissements mis en exergue par les difficultés provoquées par un mode de fonctionnement qui leur
est propre, aient suscité auprès des parents un stress inutile et dommageable, disent encore les directions.
Même son de cloche pour les directions du secondaire du réseau de la Communauté en Hainaut occidental. L'application du décret n'a pas posé de problème et la pratique des
inscriptions selon l'ordre d'arrivée et sans discrimination a toujours été d'application, disent-elles.
Normal que des enfants au potentiels différents choisissent un enseignement adapté à leurs qualités
L'Association professionnelle du personnel de l'enseignement libre juge, elle, normal que le niveau d'enseignement n'est pas égal dans toutes les écoles: chaque enfant a des
potentialités différentes et doit pouvoir choisir un enseignement adapté à son profil et à ses aspirations, dit-elle. Elle affirme aussi penser aux enfants "qui ont de l'or dans les doigts" et
qui seront obligés de suivre un parcours classique jusqu'à l'âge de 14-15-16, voir même 17 ans, avant de pouvoir enfin s'orienter vers une filière qui leur permettra de s'intégrer dans la
société. L'association critique par ailleurs la réforme de l'inspection, accusée de "casser" toute initiative menant à une meilleure collaboration de l'enfant avec des professionnels diplômés,
et "l'absence d'éléments favorisant la mixité sociale" dans le nouveau décret sur la différenciation au 1er degré de l'enseignement secondaire.
Violence institutionnelle !
Ecoles Libres Efficaces Vivantes et Solidaires (Eleves) est d'avis que les conditions d'inscription se traduisent dans les faits par une violence institutionnelle faite aux
parents et aux enfants, au moment crucial de l'entrée dans l'adolescence. A une excellente question, celle de l'équité sociale, est apportée une exécrable réponse. Les décrets Inscriptions sont
à réécrire de toute urgence, estime Eleves.
Le droit à l’enseignement bafoué
Apped (Appel pour une école démocratique) affirme que lorsque les parents son contraints à des heures de file pour inscrire leurs enfants, le droit à l'enseignement est bafoué.
Il l'est aussi quand les élèves en difficultés sont concentrés dans des écoles de relégation, soit par des phénomènes d'exclusion, soit par manque de place dans d'autres écoles, dit Apped.
L'association demande que chaque enfant dans l'enseignement de tronc commun ait une place réservée, au moins jusqu'à la mi-juillet, dans une école proche de son domicile, que ces places soient
attribuées de façon à respecter l'équilibre social et que l'on mette fin à la division des écoles en réseaux.